Acteurs d’Aurelion
La distribution d’Aurelion est aussi sa carte de l’autorité et du témoignage : formules primordiales, souverains humains, dirigeants non humains, puissances supranationales, offices secrets et témoins dont les récits biaisés deviennent les Légendes par lesquelles le monde est connu.
Qui gouverne, qui se souvient
L’index des Acteurs n’est pas un dramatis personae conventionnel. Aurelion contient des êtres qui agissent à des échelles radicalement différentes, et la source les place délibérément dans un même registre : dieux primordiaux définissant des ères, souverains contrôlant des institutions, chefs non humains incarnant des peuples fracturés, puissances supranationales se comportant comme des États, et témoins ordinaires dont les carnets peuvent être la seule preuve survivante d’un événement. Le résultat est une carte de l’agence. Demander qui est un acteur en Aurelion revient aussi à demander quel type de causalité cet acteur peut commander.
Au niveau le plus élevé se tiennent Apollon, Cybèle et Dionysos — non seulement des personnalités divines mais des formules d’ordre, de structure et de liberté. Le gouvernement humain se fragmente ensuite en formes politiques différentes. Simaly III incarne la Couronne Blanche ; l’Empire du Soleil Noir est dirigé par une hiérarchie solaire, l’Archiprêtre Nocturn servant de visage personnel ; les Cités de Tempête répondent à des conseils de capitaines et choisissent périodiquement un Premier Capitaine ; la Dynastie de l’Os de Dragon nomme l’Empereur des Os Bo Zhen II ; la République des Trois Monnaies est gouvernée par des maisons bancaires et des auditeurs, Basel IX servant dans le texte source d’auditeur suprême personnifié. Ces noms ne sont pas tous également biographiques. Certains sont de véritables souverains ; d’autres sont des fonctions dotées d’un visage pour permettre à un système de parler.
La liste non humaine fonctionne de la même manière. Dame Miorel est conservée comme Dernière Tisseuse de Forêt ; le Recursor des Ruches de Fer est une forge devenue assez intelligente pour gouverner des ruines ; Khurg à la Voix de Tonnerre parle pour le Vent Rouge sans unifier tous les orcs et gobelins ; le prince Ravendr préside à la mémoire vampirique des miroirs ; le Syndic porte la mémoire des colonies d’hommes-rats ; Mange-Pierre est retenu comme ancien patriarche troll. Au-dessus de la politique factionnelle ordinaire se trouvent la Reine des Fées, le Seigneur Sombre et Koshchei, chacun capable de réorganiser des régions entières sans entrer confortablement dans la catégorie de roi.
Enfin viennent ceux qui rendent le Codex possible : le Chef Suprême du Conseil de Gildglade, le dirigeant de la Chasse au Sang et le Gardien des Secrets ; les inquisiteurs Arno, Bonnar et Farrian ; le marchand Ioann Siverus ; le capitaine Oldren ; le pèlerin du sud sans nom ; Mezgrin et d’autres figures liées à des événements isolés. Leur importance est épistémique. Une frontière vue par un inquisiteur, une tempête décrite par un capitaine et un marché consigné par un marchand confisqué ne sont pas des vérités interchangeables. L’index des Acteurs indique donc au lecteur non seulement qui fait bouger l’histoire, mais quels yeux sont responsables de chaque version de celle-ci.